09/12/2012

Fantaisie d'hiver

 

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Fantaisie d'hiver


Dans le bassin des Tuileries,

Le cygne s'est pris en nageant,

Et les arbres, comme aux féeries,

Sont en filigrane d'argent.


Les vases ont des fleurs de givre,

Sous la charmille aux blancs réseau;

Et sur la neige voit se suivre

Les pas étoilés des oiseaux.


Au piédestal où, court-vêtue,

Vénus coudoyait Phocion,

L'hiver a posé pour statue

La frileuse de Clodion.

Théophile Gautier

Het Witte Elfenheksje

04/12/2012

Dernier vers

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Derniers vers.

L'heure de ma mort, depuis dix-huit mois,

De tout les côtés sonne à mes oreilles.

Depuis dix-huit mois d'ennuis  et de veilles,

Partout je la sens, partout je la vois.


Plus je me débats contre ma misère,

Plus s'éveille en moi l'instinct du malheur;

Et, dès que je veux faire un pas sur terre,

Je sens tout à coup s'arrêter mon coeur.


Ma force à lutter s'use et se prodigue.

Jusqu'à mon repos, tout est un combat;

Et comme un coursier brisé de fatigue,

Mon courage éteint chancelle et s'abat.

Alfred De Musset

Het Witte Elfenheksje

12/02/2012

Pensées d'automne

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Mes dernières roses de l'automne 2011


L'automne va finir ; au milieu du ciel terne,

Dans un cercle blafard et livide que cerne

Un nuage plombé, le soleil dort ; du fond

Des étangs remplis d'eau monte un brouillard qui fond

Collines, champs, hameaux dans une même teinte.

Sur les carreaux la pluie en larges gouttes tinte ;

La froide bise siffle ; un sourd frémissement

Sort du sein des forêts ; les oiseaux tristement,

Mêlant leurs cris plaintifs aux cris des bêtes fauves,

Sautent de branches en branches à travers les bois chauves,

Et semblent aux beaux jours envolés dire adieu.

Le pauvre paysan se recommande à Dieu,

Craignant un hiver rude ; et moi, dans les vallées,

Quand je vois le gazon sous les branches gelées

Disparaître et mourir, je reviens à pas lents

M'asseoir le coeur navré près des tisons brûlants,

Et là je me souviens du soleil de septembre

Qui donnait à la grappe un jaune reflet d'ambre,

Des pommiers du chemin pliant sous leur fardeau,

Et du trèfle fleuri, pittoresque rideau

S'étendant à longs plis sur la plaine rayée,

Et la route étroite en son milieu frayée,

Et surtout des bleuets et des coquelicots,

Points de pourpre et d'azur dans l'or des blés égaux.

Théophile Gauthier (1811-1872)

Het Witte Elfenheksje

02/09/2011

La pervenche

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Pâle fleur, timide pervenche,

Je sais la place où tu fleuris,

Le gazon où ton front se penche

Pour humecter tes yeux flétris

 

C'est dans un sentier que se cache

  Sous ses deux bords de noisetiers,

Où pleut sur l'ombre qu'elle tache

La neige des blancs églantiers.

 

L'ombre t'y voile, l'herbe égoutte

Les perles de nos nuits d'été,

Le rayon les boit goutte à goutte

Sur ton calice velouté.

 

Une source tout près palpite,

Où s'abreuve le merle noir,

Il y chante, et moi j'y médite

Souvent de l'aube jausqu'au soir. 

 

Ô fleur, que tu dirais des choses

A mon amour, si tu retiens

Ce que je dis à lèvres closes

Quand tes yeux me peignent les siens !

Alphonse De Lamartine (1790-1869)

 

 

Het Witte Elfenheksje

12:10 Écrit par Nadine dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pervenche, yeux, aube, alphonse de lamartine |  Facebook |

26/02/2011

Mélanges l'amour

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Vous demandez si l'amour rend heureuse :

il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.

Ah ! Pour un jour d'existence amoureuse

qui ne mourrait ? La vie est dans l'amour.

Si le sourire, éclair inattendu,

brilla parfois au milieu de mes larmes,

c'était l'amour ! C'était lui, mais sans armes ;

C'était le ciel qu'avec lui j'ai perdu.

 

Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme.

Il brûle tout, ce doux empoisonneur.

J'ai dit bien vrai comme il déchire une âme :

Demandez donc s'il donne le bonheur !

Vous le saurez : oui, quoi qu'il en puisse être,

de gré, de force, amour sera le maître:

et, dans sa fièvre alors lente à guérir,

vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

Dès qu'on l'a vu, son absence est affreuse ;

dès qu'il revient, on tremble nuit, et jour ;

souvent enfin la mort est dans l'amour ;

et cependant... oui, l'amour rend heureuse !


Marceline Desbordes-Valmore


Het Witte Elfenheksje

19/02/2011

Mes deux filles

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Mes deux filles

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,

L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,

Belles, et toutes deux joyeuses,ô douceur !

Voyez, la grande soeur et la petite soeur

Sont assises au seuil du jardin, et sur elles

Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,

Dans une urne de marbre agité par le vent,

Se penche, et les regarde, immobile et vivant,

Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,

Un vol de papillons arrêté dans l'extase.

Victor Hugo (1802-1885)

Het Witte Elfenheksje

31/01/2011

L'orchidée

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Je me réveille, dans tes yeux, tel le soleil,

En t'apportant la lumière des merveilles,

En te restant à jamais fidèle et présent,

Car je suis tombé sous ton envoûtement.


Comme pour une magnifique fleur de serre

Tu as besoin d'une intense et suave chaleur,

Je suis là, je t'arrose de tous les bonheurs,

Pour que dans mon coeur tu prennes terre.


Pour toi, je ferais germer un immense amour,

J'en prendrais grandement soin chaque jour,

Sans limites, je m'abandonnerais éternellement,

Mon coeur est à toi, il est attiré tel un aimant.


Illusion Perdue

Het Witte Elfenheksje

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Cette orchidée bleue le restera seulement deux ou trois ans, après elle deviendra blanche !

27/01/2011

Nuit de neige

 

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La plaine est blanche, immobile et sans voix.

Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.

Mais on entend parfois, comme une morne plainte.

Quelque chien sans abris qui hurle au coin d'un bois.


Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

L'hiver s'est abattu sur toute floraison.

Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.


La lune est large et pâle et semble se hâter.

On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

De son morne regard elle parcourt la terre,

Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.


Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,

Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant.

Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,

Aux étranges reflets de la clarté blafarde.


Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

Un vent glacé frissonne et court par les allées.

Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,

Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.


Dans les grands arbres nus que couvre le verglas

Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;

De leur oeil inquiet ils regardent la neige,

Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.


Guy De Maupassant (1850-1893)


Het Witte Elfenheksje

18/01/2011

Perce-neige

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 Radieuses apothéoses

Du soleil d'or et du ciel bleu,

Fraîche gloire des printemps roses,

Pourquoi donc durez-vous si peu ?


Pourquoi donc êtes-vous si brèves,

Aubes de l'enfance ? Beaux jours,

Si pleins d'aromes et de sèves,

Pourquoi donc êtes- si courts ?


Jeunesse, où sont-elles allées

Les hirondelles de jadis ?

Où sont les ailes envolées

De tes merveilleux paradis ?


Et vous, poétiques chimères,

Que dore un rayon d'idéal,

Blondes idylles éphémères

N'auriez-vous qu'un seul floréal ?


Ô fleurs, vous n'êtes pas finies !

Les plus triste de nos saisons

Auront encor des harmonies

Et des regains de floraisons.


La mortelle saison du givre

N'a pas tué toutes nos fleurs :

Nous pourrons encore revivre

Le passé, dans des jours meilleurs.


Nérée Beauchemin (1850-1931)


Het Witte Elfenheksje

 

 

19/12/2010

L'hirondelle et les petits oiseaux

 

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Une hirondelle en ses voyages

Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu

Peut avoir beaucoup retenu.

Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages,

Et devant qu'ils fussent éclos,

Les annonçait aux matelots.

Il arriva qu'au temps que la chanvre se sème,

Elle vit un manant en couvrir maints sillons.

"Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux Oisillons :

Je vous plains ; car pour moi, dans ce péril extrème,

Je saurai m'éloigner ou vivre en quelque coin.

Voyez-vous cette main qui par les airs chemine ?

Un jour viendra, qui n'est pas loin,

Que ce qu'elle répand sera votre ruine.

De là naîtront engins à vous envelopper,

Et lacets pour vous attraper,

Enfin mainte et mainte machine

Qui causera dans la saison

Votre mort ou votre prison :

Gare la cage ou le chaudron !

C'est pourquoi, leur dit l'Hirondelle,

Mangez ce grain ; et croyez-moi. "

Les Oiseaux se moquèrent d'elle :

Ils trouvaient aux champs trop de quoi.

Quand la chènevière fut verte,

L'Hirondelle leur dit : " Arrachez brin à brin

Ce qu'a produit ce maudit grain,

Ou soyez sûrs de votre perte.

- Prophète de malheur, babillarde, dit-on.

Le bel emploi que tu nous donnes !

Il nous faudrait mille personnes

Pour éplucher tout ce canton. "

La chanvre étant tout à fait crue,

L'Hirondelle ajouta : "Ceci ne va pas bien ;

Mauvaise graine est tôt venue.

Mais,puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien,

Dès que vous verrez que la terre

Sera couverte, et qu'à leurs blès

Les gens n'étant plus occupés

Feront aux oisillons la guerre ;

Quand reginglettes et réseaux

Attraperont petits oiseaux,

Ne volez plus de place en place,

Demeurez au logis, ou changez de climat :

Imitez le canard, la grue et la bécasse.

Mais vous n'êtes pas en état

De passer, comme nous, les déserts et les ondes,

Ni d'aller chercher d'autres mondes ;

C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr :

C'est de vous renfermer aux trous de quelque mur."

Les oisillons, las de l'entendre,

Se mirent à jaser aussi confusément

Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre

Ouvrait la bouche seulement.

Il en prit aux uns comme aux autres :

Maint Oisillon se vit esclave retenu.

 

Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres,

Et ne croyons le mal que quand il est venu.


Jean De La Fontaine

Het Witte Elfenheksje

13/12/2010

Quand nous habitions tous ensemble

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Quand nous habitions tous ensemble

Sur nos collines d'autrefois,

Où le buisson trembre

Dans la maison qui touche aux bois,

 

Elle avait dix ans, et moi trente ;

J'étais pour elle l'univers,

Oh ! comme l'herbe est odorante

Sous les arbres profonds et verts.

 

Elle faisait mon sort prospère,

Mon travail léger, mon ciel bleu.

Lorsqu'elle me disait Mon père,

Tout mon coeur s'écriait : Mon Dieu.

 

A travers mes songes sans nombre,

J'écoutais son parler joyeux,

Et mon front s'éclairait dans l'ombre

A la lumière de ses yeux.

 

Elle avait l'air d'une princesse

Quand je la tenais par la main.

Elle cherchait des fleurs sans cesse

Et des pauvres dans le chemin.

 

Elle donnait comme on dérobe,

En se cachant aux yeux de tous.

Oh ! la belle petite robe

Qu'elle avait, vous rappelez-vous :

 

Le soir auprès de ma bougie,

Elle jasait à petit bruit,

Tandis qu'à la vitre rougie

Heurtaient les papillons de nuit.

 

Les anges se miraient en elle.

Que son bonheur était charmant !

Le ciel mettait dans sa prunelle

Ce regard qui jamais ne ment.


Oh ! je l'avais, si jeune encore,

Vue apparaître en mon destin.

C'était l'enfant de mon aurore,

Et mon étoile du matin !

 

Quand la lune claire et sereine

Brillait aux cieux, dans ces beaux bois,

Comme nous allions dans la plaine !

Comme nous courions dans les bois !

 

Puis, vers la lumière isolée

Etoilant le logis obscur,

Nous revenions par la vallée

En tournant le coin du vieux mur ;

 

Nous revenions, coeurs pleins de flamme,

En parlant des splendeurs du ciel.

Je composais cette jeune âme

Comme l'abeille fait son miel.

 

Doux ange aux candides pensées,

Elle était gaie en arrivant...-

Toutes ces choses sont passées,

Comme l'ombre et comme le vent.

 

Victor Hugo


Het Witte Elfenheksje

06/12/2010

Les elfes

 

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Couronnés de thym et de marjolaine ,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Du sentier des bois aux daims familier,

Sur un noir cheval, sort un chevalier.

Son éperon d'or brille en la nuit brune;

Et, quand il traverse un rayon de lune,

On voit resplendir, d'un reflet changeant,

Sur sa chevelure un casque d'argent.

 

Couronnés, de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Ils l'entourent tous d'un essaim léger

Qui dans l'air muet semble voltiger.

- Hardi chevalier, par la nuit sereine,

Où vas-tu si tard ? dit la jeune Reine.

De mauvais esprits hantent les forêts ;

Viens danser plutôt sur les gazons frais.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

- Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux

M'attend, et demain nous serons époux.

Laissez-moi passer, Elfes des prairies,

Qui foulez en rond les mousses fleuries ;

Ne m'attendez pas loin de mon amour,

Car voici déjà les lueurs du jour.

 

Couronés de thym et de marjolaire,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.


- Reste, chevalier. Je te donnerai

L'opale magique et l'anneau doré,

Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,

Ma robe filée au clair de la lune.

- Non ! dit-il. - Va donc ! Et de son doigt blanc

Elle touche au coeur le guerrier triomphant.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Et sous l'éperon le noir cheval part.

Il court, il bondit et va sans retard ;

Mais le chevalier frissonne et se penche ;

Il voit sur la route une forme blanche

Qui marche sans bruit et lui tend les bras :

- Elfe, esprit, démon, ne m'arrête pas !

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Ne m'arrête pas, fantôme odieux !

Je vais épouser ma belle aux doux yeux.

- Ô mon cher époux, la tombe éternelle

Sera notre lit de noce, dit-elle.

Je suis morte ! Et lui, la voyant ainsi.

D'angoisse et d'amour tombe mort aussi.

 

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

 

Charles Marie Leconte De Lisle (1818-1894)

 

Het Witte Elfenheksje

20:33 Écrit par Nadine dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

28/11/2010

Les yeux

 

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Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l'aurore ;

Ils dorment au fond des tombeaux,

Et le soleil se lève encore.

 

Les nuits, plus douces que les jours,

Ont enchanté des yeux sans nombre ;

Les étoiles brillent toujours,

Et les yeux se sont remplis d'ombre.


Oh  ! qu'ils aient perdu le regard,

Non, non, cela n'est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part,

Vers ce qu'on nomme l'invisible ;

 

Et comme les astres penchant

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Les prunelles ont leurs couchants ;

Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent.

 

Bleu ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l'autre côté des tombeaux

Les yeux qu'on ferme voient encore.


Sully Prud'homme (1839-1907)


Het Witte Elfenheksje

27/11/2010

Le printemps reviendra...

 

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Le personnel du magasin "Brico" de Péruwelz a eu la gentillesse de me permettre de photographier leurs décorations de noël ... Merci à toute l'équipe !!!


Le printemps reviendra


Hé oui, je sais bien qu'il fait froid,

Que le ciel est tout de travers ;

Je sais que ni la primevère

Ni l'agneau ne sont encor là.

 

La terre tourne ; il reviendra,

Le printemps, sur son cheval vert.

Que ferait le bois sans pivert,

Le petit jardin sans lilas ?

 

Oui, tout passe, même l'hiver,

Je le sais par mon petit doigt

Que je garde toujours en l'air...

 

Maurice Carême (1899-1978)


Het Witte Elfenheksje

01/11/2010

Chants du crépuscule

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Femme à la colombe de François Boucher

 

Chants du crépuscule

 

Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;

Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;

Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine

De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

 

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire

Les mots où se répand le coeur mystérieux ;

Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire

Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

 

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie

Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;

Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie

Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

 

Je puis maintenant dire aux rapides années :

- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir.

Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;

J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir.

 

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre

Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.

Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !

Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !

 

Victor Hugo (1802-1885)


Het Witte Elfenheksje

22/10/2010

Le grillon

 

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Un pauvre petit grillon

Caché dans l'herbe fleurie,

Regardait un papillon

Voltigeant dans la prairie.

L'insecte aillé brillait des plus vives couleurs ;

L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ;

Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,

Prenant et quittant les plus belles.

Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien

Sont diffférents ! Dame nature

Pour lui fit tout, et pour moi rien.

Je n'ai point de talent, encor moins de figure.

Nul ne prend farde à moi, l'on m'ignore ici-bas ;

Autant vaudrait n'exister pas.

Comme il parlait, dans la prairie

Arrive une troupe d'enfants ;

Aussitôt les voilà courants

Après ce papillon dont ils ont tous envie.

Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper ;

L'insecte vainement cherche à leur échapper,

Il devient bientôt leur conquête.

L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ;

Un troisième survient, et le prend par la tête ;

Il ne fallait pas tant d'efforts

Pour déchirer la pauvre bête.

Oh ! oh ! Dit le grillon, je ne suis plus fâché ;

Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.

Combien je vais aimer ma retraite profonde !

Pour vivre heureux, vivons caché.

Jean-Pierre Claris De Florian (1755-1794)


Het Witte Elfenheksje

13/10/2010

L'après-midi sur la grève

 

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Douceur du sable chaud ! Plénitude ! Paresse !

On savoure à longs traits l'immense après-midi.

Mon corps, que mon esprit s'imagine engourdi,

Gît sur le sable, heureux, délié du sevrage :

Quelles fêtes, le grain délicat de la plage,

L'embrun, les flaques d'or, les rubans de varech,

L'odeur du large ! Il n'est plus mien. Il joue avec

Ces grands êtres, le vent, le ciel, la mer, la terre;

Il retrouve leur beau langage élémentaire,

Que l'esprit, tout guindé sur l'abstrait n'entend plus.

Du rire des cailloux roulés par le reflux

Au bond des flots rentrant dans la grotte qui gronde,

Il écoute le chant des premiers jours du monde,

Ravi de se savoir si neuf et primitif,

D'être tiré du même fond que le récif

Ou du même tissu que l'onde aux vertes moires;

Il n'est plus chair, il n'est plus sang : il est mémoire.

Fernand Dauphin

 

Het Witte Elfenheksje

06/10/2010

Le verger

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Simone, allons au verger

Avec un panier d'osier.

Nous dirons à nos pommier,

En entrant dans le verger :

Voici la saison des pommes.

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.

 

Les pommiers sont plein de guêpes,

Car les pommes sont très mûres :

Il se fait un grand murmure

Autour du vieux doux-aux-vêpes.

Les pommiers sont plein de pommes,

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.

 

Nous cueillerons le calville,

Le pigeonnet et la reinette,

Et aussi des pommes à cidre

Dont la chair est un peu doucette.

Voici la saison des pommes,

Allons au verger, Simome,

Allons au verger.


Tu auras l'odeur des pommes,

Sur ta robe et tes mains,

Et tes cheveux seront pleins

Du parfum doux de l'automne.

Les pommiers sont pleins de pommes,

Allons au verger, Simome,

Allons au verger.

 

Simone, tu seras mon verger

Et mon pommier de doux-aux-vêpes ;

Simone, écarte les guêpes

De ton coeur et de mon verger.

Voici la saison des guêpes,

Allons au verger, Simone,

Allons au verger.

Remy de Gourmont (1858 - 1915)

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Het Witte Elfenheksje

29/09/2010

Si je n'aimais que toi

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Si je n'aimais que toi en toi

Je guérirais de ton visage,

Je guérirais bien de ta voix

Qui m'émeut comme lorsqu'on voit,

Dans le nocturne paysage,

La lune énigmatique et sage,

Qui nous étonne chaque fois.

 

- Si c'était toi par qui je rêve,

Toi vraiment seul, toi seulement,

J'observerais tranquillement

Ce clair contour, cette âme brève

Qui te commence et qui t'achève.

 

Mais à cause de nos regards,

A cause de l'insaisissable,

A cause de tous les hasards,

Je suis parmi toi haute et stable

Comme le palmier dans les sables ;

Nous sommes désormais égaux,

Tout nous joint, rien ne nous sépare,

Je te choisis si je compare,

- C'est toi le riche  et moi l'avare,

C'est toi le chant et moi l'écho,

Et t'ayant comblé de moi-même,

O visage par qui  je meurs,

Rêves, désirs, parfums, rumeurs,

Est-ce toi ou bien moi que j'aime ?


Anna De Noailles ( 1876-1933 )


Het Witte Elfenheksje

14/09/2010

La porte du jardin

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Dessin de Penny Parker

 

Aujourd'hui j'ai fermé la porte du jardin

Je ne supporte plus le parfum de mes roses

Et le chant des oiseaux a comme quelque chose

Qui me rappelle trop le joli baladin

 

La saison est finie et il est reparti

Je suis dans son herbier parmi ses aventures

Souvenir épinglé avec désinvolture

A peine une saison à peine un graffiti

 

Le temps passe et demain que serai-je pour lui

Un écho dans le soir un sanglot dans la nuit

Quelques mots dans le vent échappés de ses lèvres

 

Viennent briser ce coeur je reviendrai demain

Et déjà il est loin emporté par sa fièvre

La terre est son chemin je deviens son lointain

 

Marie Claude Come

 

Het Witte Elfenheksje

 

08/09/2010

Cendrillon

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Le sable à coups de vent mouillé

Crie et saigne contre les vitres

Renfermées sur un temps rouillé

Que le passant perdu évite

 

Avec la nuit d'étranges rires

Toutes craquante en plein délire

Là-bas la maison sur la dune

Vieillit aux frissons de la brume

 

Du bois foncé meubles rustiques

Cuivres dorés, anachroniques

Tapis de laine et de velours

Où se noient les bruits les plus lourds

 

Mais qui aux fenêtres aveugles

Se penche et regarde le soir

Mais qui écoute sans rien voir

Dans la tempête qui beugle

 

Nul ne frappe plus à la porte

Les soeurs de Cendrillon sont mortes

Et la voilà triste et rêvant

A l'inconnu le bel amant

 

Tout bas sanglote une princesse

Seule sans prince et sans jeunesse

Tout bas gémit l'algue qui meurt

Aux rives des milles douleurs

 

L'amour est vêtu de haillons

Et s'endort dans ma cheminée

Aurai-je une marraine fée

Qui me contera Cendrillon

 

Marie-Claude Come

 

Het Witte Elfenheksje

04/09/2010

Conclusion

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J'ai rêvé les amours divins,

L',ivresse des bras et des vins,

L'or, l'argent, les royaumes vains,

 

Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.

Parmi les sentiers amusants

Nous irions sur nos alezans.

 

Il est loin le temps des aveux

Naïfs, des téméraires voeux !

Je n'ai d'argent qu'en mes cheveux.

 

Les âmes dont j'aurais besoin

Et les étoiles sont trop loin.

Je vais mourir soûl, dans mon coin.

 

Charles Cros (1842-1888)

 

Het Witte Elfenheksje

 

20/08/2010

Parfum exotique

 

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Parfum exotique


Quand, les deux yeux fermé, en un soir chaud d'automne,

Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux

Qu'éblouissent les feux d'un d'un soleil monotone ;

 

Une île paresseuse où la nature donne

Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;

Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,

Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.


Guidé par ton odeur vers de charmants climats,

Je vois un port rempli de voiles et de mâts

Encor tout fatigués par la vague marine,

 

Pendant que le parfum des verts tamariniers,

Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,

Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


Charles Baudelaire


Het Witte Elfenheksje

10/08/2010

Une allée du Luxembourg

 

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Une allée du Luxembourg


Elle a passé, la jeune fille,

Vive et preste comme un oiseau :

A la main une fleur qui brille,

A la bouche un refrain nouveau.


C'est peut-être la seule au monde

Dont le coeur au mien répondrait,

Qui venant dans ma nuit profonde

D'un seul regard l'éclaircirait !


Mais non, ma jeunesse est finie...

Adieu, doux rayon qui m'as lui,

Parfum, jeune fille, harmonie...

Le bonheur passait, il a fuit !


Gérard de nerval (1808-1855)


Het Witte Elfenheksje

04/08/2010

L'invitation au voyage

 

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L'invitation au voyage

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillants à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les Canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde d'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire (1821-1867)

Het Witte Elfenheksje

 

22/07/2010

Le dernier rendez-vous

 

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Le dernier rendez-vous

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants...

Et comme chaque jour je t'aime davantage
- Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain -
Qu'importeront alors les rides du visage,
Si les mêmes rosiers parfument le chemin...

C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main,
Car vois-tu, chaque jour je t'aime davantage :
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain !...

Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec des yeux remplis des pleurs de nos vingt ans...
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs !

Rosemonde Gérard (1871-1953

Het Witte Elfenheksje

 

16/07/2010

La grande cascade

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La grande cascade.

A cette heure, elle n'est sensible,
La grande cascade du roc,
Qui par son tonnerre d'un bloc,
La nuit la rend toute invisible.

Et, pourtant, sa rumeur compacte
Décèle son bavement fou,
Sa chute à pic, en casse-cou,
Son ruement lourd de cataracte.

Un instant, l'astre frais et pur
Ecarte son nuage obscur,
Comme un oeil lève sa paupière ;

Et l'on croit voir, subitement,
Crouler des murs de diamant
Dans un abîme de lumière.

Maurice Rollinat (1846-1903)

Het Witte Elfenheksje

22:51 Écrit par Nadine dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

06/07/2010

L'ennemi

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Près de chez moi il y a de nombreux étangs. Le soir tombe ,tout les pêcheurs sont retournés heureux de leur journée !!!

 

                petits pêcheurs

                          L'ennemi

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversé çà et là par de brillants soleil;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,

Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils,


Voilà que j'ai touché l automne des idées,

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres innondées,

Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.


Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?


- O douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

                                    Charles Baudelaire

Het Witte Elfenheksje

22:52 Écrit par Nadine dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : temps, ennemi, ravage, orage, reve, coeur |  Facebook |

02/07/2010

La forêt

 

                       josephine wall Les animaux de la forêt

               Dessin de  Joséphine Wall


                          La forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,

Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré !

Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,

J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude !

Prestiges de mon coeur ! je crois voir s'exhaler

Des arbres, des gazons une douce tristesse :

Cette onde que j'entends murmure avec mollesse,

Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.

Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière

Ici, loin des humains !...Au bruit de ces ruisseaux,

Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière,

Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux !

Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;

Ces genêts, ornements d'un  sauvage réduit,

Ce chévrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit,

Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.

Forêts, dans vos abris gardez mes voeux offerts !

A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?

D'autres vous rediront des amours étrangères ;

Moi de vos charmes seuls j'entretiens les déserts.

              François-René de Chateaubriand


Het Witte Elfenheksje

19:03 Écrit par Nadine dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

25/06/2010

Le parfum

           RUMEUR HWE (394 x 395)

                        Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré

Avec ivresse et lente gourmandise

Ce grain d'encens qui remplit une église,

Ou d'un sachet le musc invétéré ?


Charme profond, magique, dont nous grise

Dans le présent le passé restauré !

Ainsi l'amant sur un corps adoré

Du souvenir cueille la fleur exquise.


De ses cheveux élastiques et lourds,

Vivant sachet, encensoir de l'alcôve,

Une senteur montait, sauvage et fauve,


Et des habits, mousseline ou velours,

Tout imprégnés de sa jeunesse pure,

Se dégageait un parfum de fourrure.

                Charles Baudelaire (1821-1867)


Het Witte Elfenheksje