01/11/2010

Chants du crépuscule

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Femme à la colombe de François Boucher

 

Chants du crépuscule

 

Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;

Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;

Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine

De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

 

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire

Les mots où se répand le coeur mystérieux ;

Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire

Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

 

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie

Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;

Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie

Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

 

Je puis maintenant dire aux rapides années :

- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir.

Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;

J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir.

 

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre

Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.

Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !

Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !

 

Victor Hugo (1802-1885)


Het Witte Elfenheksje

23/11/2009

Le coucher du soleil romantique

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Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

Comme une explosion nous lançant son bonjour !

- Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !

Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source, sillon,

Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite ...

- Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,

Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;

L'irrésistible Nuit établit son empire,

 Noire, humide, funestre et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,

Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,

Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

                Charles Baudelaire (1821-1867)

Het Witte Elfenheksje